Mercredi 28 octobre 2009

Petite présentation...

Ceci n’est pas un blog, mais plutôt un espace d’expression qui, bien qu’il ne soit pas immuable, ne fera pas l’objet d’actualisations régulières autres que les échanges de commentaires auquel il donnera peut être lieu.


Ces pages ne contiennent en effet qu’un petit récit, ‘Harold et Magalie‘. Il s’agit d’une autobiographie romancée, du reflet à peine déformé d’une partie de mon vécu.


Si vous affectionnez les histoires d’amour mettant en scène de grandes différences d’âge, vous devriez aimer…


Si les moules que la société nous propose vous paraissent confortables, vous allez détester…



Et table des matières...


1. Une maude sauce new age

2. Magalie4ever

3. La période de latence

4. Poubelle la Vie

5. Les vieilles, les putes et le lépreux.

6. Les vautours tournent déjà.

Par Aimé Lemale
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Mercredi 28 octobre 2009

C’est un soir d’avril du début de l‘ère Sarkozy, la journée a été belle et un peu fraîche. Harold est momentanément sorti de sa grisaille ordinaire pour se retrouver ici, dans un petit hôtel à la campagne. Il y participe pour la seconde fois à un stage de tantrisme.

 


Amateur à ses heures du détachement procuré par l’objectivité scientifique, Harold aurait aimé faire neutre et donner de cette discipline la définition du dico. Seulement voilà, elle est vraiment trop fadasse à son goût, il préfère donc faire perso et se lance : le tantrisme recouvre un ensemble de techniques de méditation visant à toucher l’éveil spirituel à travers la stimulation des sens en général et le travail sur l’énergie sexuelle en particulier.

 


Il est vrai qu‘il s’intéresse un peu à tout ce qui touche au spirituel mais, s’il est là aujourd’hui, ce n’est pas en premier lieu pour ça. La cruelle vérité est que sexuellement parlant il s’emmerde sec avec sa femme, et qu’il cherche comme on dit à aller voir ailleurs. Il s’évertue ainsi déjà depuis des mois à parvenir à ses fins sur des sites de rencontres par internet. Sans aucun succès. Pour tenter de multiplier ses maigres chances, pour satisfaire aussi une pointe de curiosité qui le chatouille depuis des années, il teste donc là un nouveau moyen d’assouvir les agréables et encombrantes pulsions dont la nature l’a comme à peu près tout un chacun doté.

 


Au cours de ces stages, des séances classiques de méditation alternent avec des danses et le cœur du sujet, les méditations spécifiquement tantriques. Ces dernières se déroulent à deux, un homme avec une femme, les organisatrices du stage ayant veillé à constituer un panel de stagiaires d’une parité sexuelle parfaite ou presque. La méditation commence généralement assis l’un contre l’autre puis, le but étant de faire monter ses énergies en général et l’énergie sexuelle en particulier, son déroulement peut ensuite prendre de multiples formes. En pratique, si l’ambiance sonore fait vite un peu partouze, les yeux d’un amateur de films érotiques ou porno seraient franchement déçus. En effet, les exercices se déroulent habillés, même si l’ambiance parfois très chaude qui s’installe ensuite fait finir certains hommes torse nu et certaines femmes débraillées, les seins à moitié à l’air.

 


Si en ces circonstances certains prétendent, la bouche mielleuse et emplie du jargon d’usage en ces lieux, qu’ils vivent leurs stages avec détachement tout en jouissant d’un bain d’énergies positives, le ressenti d’Harold fut assez différent, avec des pics d’adrénaline au début de chaque exercice, où s’est posé de façon récurrente la question cruciale du choix de la partenaire. Les stagiaires étant pour se faire livrés à eux mêmes, l’ambiance n’avait à ce moment pour lui rien de spirituel, mais lui faisait plutôt penser à l’établissement des rapports de force au sein d’une meute animale : le genre féminin se campe dans sa passivité et les mâles entrent dans une compétition, soft mais bien réelle, au résultat connu de toute éternité : aux mieux dotés par la nature reviennent les belles femmes, aux autres la solitude, les refus, les vieilles, les boudins et autres cageots.

 


Avec son physique limite ingrat et sa difficulté à aller vers les autres, cette chère Mère Nature a apparemment jugé bon de classer Harold parmi la seconde classe des mâles décrite supra. Ces deux stages de tantra ont donc été pour lui une succession de combats qui ne le menèrent que rarement dans les bras des belles femmes, et ce en dépit d’une certaine combativité de sa part, en particulier lors de la deuxième session.

 


Cette belle soirée d’avril est la première des deux que va compter son second stage. Tout comme apparemment les autres stagiaires, il ne connaît pas à l’avance le programme fixé par les animatrices, mais il constate à l’énoncé de l’exercice prévu qu’il va, pour une fois, pouvoir échapper à la bouffée de stress généré par le choix d’une partenaire.

 


La consigne pour ce soir est en effet de se bander les yeux et, dans le noir et sur fond musical, de partir à l’aveuglette rencontrer tactilement les autres. S’éloigner si le toucher ne plait pas, rester et laisser venir sans retenue si l’autre a un contact agréable.

 


Les lois du hasard qui président aux rencontres comme à tant d’autres choses étant ce qu’elles sont, Harold a bien entendu au cours de ses pérégrinations aveugles croisé des mecs. Il n’a pas aimé, à part un où c’était pas sans intérêt et pas désagréable, mais bon, pas plus d’une minute quand même…

 


Il a d’ailleurs vite trouvé la parade : tâter le bras de l’autre pour voir s’il est poilu et, si tel est le cas, s’éclipser discrètement. En effet, il ne peut alors s’agir que d’un mec, ou alors d’une femme très probablement trop poilue pour être belle.

 


Les lois du hasard ne réservant heureusement pas que de mauvaises surprises, il a bien sûr aussi croisé et tâté des nanas. Certaines n’ont fait que passer, d’autres se sont plus ou moins attardées. Il est aussi arrivé qu‘il y en ait deux ou trois en même temps qui s‘occupent de son cas. Harold a trouvé ça plutôt drôle et très agréable, ça lui a fait penser aux déboires des caricatures de mecs tombeurs de filles qu’on voit dans les pubs Axe.

 


Après une assez longue promenade tactile, le hasard a fini par lui mettre dans les bras une étonnante créature qui s’est à son contact rapidement enflammée. Des caresses sensuelles, des gémissements peu discrets, le délicieux frottement de son vagin sur sa cuisse qui, sans leurs vêtements, aurait probablement été agréablement mouillée, tout fût subitement réuni pour lui faire passer un moment de pur bonheur, accompagné de cette sensation grisante d’être au sommet de la vague, d’être, au milieu du groupe, de ceux qui vivent les choses les plus intenses.

 


L’exercice toucha à sa fin. L’animatrice laissa le temps aux deux fougueux amants tantriques de reprendre leurs esprits, tout émoustillés qu’ils étaient après ce quasi-orgasme tactile et dansant. Elle demanda ensuite à ses stagiaires de se séparer et de s’éloigner de leurs partenaires respectifs avant de libérer leurs yeux.

 


Un peu sonné et encore heureux, Harold a rapidement senti ses méninges se mettre en route. De façon presque instantanée, il lui est apparu qu’il lui serait viscéralement impossible d’en rester là. Il lui fallait absolument retrouver la femme fatale qui venait de se consumer dans ses bras.

 


Son esprit borné de mâle, faisant preuve à ce niveau d’un classique et cruel manque d’imagination, a tout d’abord supposé qu’il s’agissait de la jolie rouquine un brin pulpeuse qu’il avait depuis plusieurs heures déjà placé en tête de son hit parade des top canons participant à ce stage. Il s’arrange donc pour se retrouver avec elle dans le debriefing qui suit l’exercice, puis il lui tire les vers du nez. Manque de pot, ce n’est pas elle, différents détails le confirmeront d’ailleurs dans les minutes suivantes.


Impossible d’en savoir plus ce soir, l’heure étant venue pour les stagiaires de se disperser dans les chambres de l’hôtel. Avant de se coucher, Harold a encore l’agréable surprise de voir changer le regard que posent sur lui les deux mecs qui partagent sa chambre, lorsqu’ils apprennent qu’il est l’artisan de la bruyante démonstration de désir féminin qui a marqué la fin de la méditation de ce soir. Bien mieux foutus que lui, ils semblent à la fois surpris et amusés par la distribution presque contre nature des rôles que cette soirée a engendré.

 


Il lui faut ensuite sortir ses boules Quiès. Non qu’un hôtel abritant exclusivement des participants à un stage de tantra se transforme en baisodrome géant une fois tout le monde monté dans les chambres, l’établissement est plutôt étonnamment calme. C’est simplement que ses collocs, en tous cas l’un d’entre eux, ronflent fort.

 


Harold passe une nuit agitée, hanté par l’étonnante rencontre qu’il vient de faire. A peine descendu le lendemain matin, il reprend la recherche de son insaisissable torche vivante. Il renonce à lancer un appel à témoins dans le stage pour la retrouver. Il préfère observer, trouver par lui-même. Dans un premier temps tout se brouille pour lui, il a l’impression que cinq ou six participantes peuvent correspondre, mais le cercle finit malgré tout par se resserrer. Progressivement, pendant que le stage et les méditations s’enchaînent, ce qu’il découvre commence par lui faire peur, avant de le mener au bord de la panique : au centre du cercle des prétendantes, de plus en plus nettement au fil de la matinée, se trouve la vieille Maude.

 


L’après midi, le stage reprenant tard, Harold a le temps de faire une longue promenade. Son mental s’agite et lui donne la nausée. Avec les soixante treize ans de Maude, le voilà en effet à nouveau et magistralement confronté à quelque chose qui s’est déjà révélé au cours du précédent stage : Harold est bien malgré lui régulièrement attiré par des femmes nettement plus âgées que lui. Pourtant, si on lui demandait d’en choisir une sur catalogue, de femme, ses goûts seraient à peu près en tous points semblables à ceux du mâle lambda : il demanderait au Père Noël de lui en amener une brune ou rousse, les cheveux mi-longs et un peu bouclés, un brin pulpeuse, avec de la profondeur dans le regard et ailleurs, curieuse, un peu énigmatique, ni trop intelligente ni trop conne, et surtout jeune et belle.

 


Mais alors, pourquoi est-ce le vagin des vieilles qui vient baver sur sa cuisse ? Comme si Maude ne suffisait pas, il flirte en effet depuis la veille avec une autre nana qui a presque vingt ans de plus que lui. Et, la dernière fois qu’il est venu ici, c’est l’assistante de l’animatrice qui s’était chargée, du haut de ses soixante neuf balais, de lui faire vivre sa première méditation tantrique. Indiscutablement d’ailleurs il ne l’avait pas déçue, indiscutablement pendant la plus longue partie de l’exercice sa chatte avait été bien lubrifiée.


Harold se dit que cette addiction aux vieilles doit probablement venir des gros problèmes qu’il a dû dans son enfance avoir avec sa mère. Mais là, si ce qu’il redoute au sujet de Maude s’avère vrai, ça dépasserait vraiment les bornes. Il repense à cette fille croisée sur internet qui lui a avoué quelques jours plus tôt envisager de faire la pute pour arrondir ses fins de mois difficiles. Faut-il donc pour sa part qu‘il songe à se reconvertir en gigolo ? C’est sûr, il gagnerait sûrement mieux sa vie ainsi, plutôt que de continuer à croupir au fond d’un bureau comme il le fait depuis dix ans, à gratter des papiers et à réceptionner le maussade usager lambda d’une administration impopulaire.

 


Pour se changer les idées et essayer de se rassurer, Harold choisit de repenser un moment à Marie, à cette belle femme bien proportionnée, aux courts cheveux châtain clair et aux yeux verts, âgée de seulement dix ans de plus que lui et qu’il avait, péniblement mais victorieusement, réussi à approcher la première fois qu’il était venu ici. Il s’en souvient encore avec émotion : ce n’était que peu de temps avant la fin du stage qu’il avait réussi à traverser le vrombissant rideau de mâles en rut entourant en permanence cette beauté qui, drapée dans la magnifique passivité de celle qui n’a qu’à claquer des doigts pour tout avoir, attendait l’élu. La récompense avait été à la hauteur de l’âpre combat qui l’avait précédée, une dizaine de minutes de danses et de caresses intensément sensuelles, bercées par la douce musique des gémissements discrets de la belle.

 


Marie, une vraie femme, qu’il aurait pu aimer avec passion, sans se demander s’il n’était pas légèrement détraqué du ciboulot, mais qui malheureusement n’était pas revenue cette fois ci.

 


Marie, un souvenir maintenant lointain et déjà idéalisé, qu’Harold n’a jamais essayé de rattraper depuis, peut être par peur de perdre les seules illusions qu’il lui reste encore de cette période, au cours de laquelle, il devait s’en rendre compte plus tard avec dégoût, il n’a finalement pas croisé grand-chose d’autre que de médiocres vieilles biques new age.

 


En fin d’après midi, le couperet tombe et il doit cette fois vraiment faire face à la réalité pleine et entière. Au cours d’une discussion commune, les animatrices finissent en effet par lâcher les noms du couple torride de la veille au soir. Et ce qu’il redoutait était vrai, il s’agit bien du pitoyable Harold et de la vieille Maude.

 


Celle-ci, après avoir semblée un peu surprise par cette révélation, reprend vite ses esprits. Comme si connaître l’identité de son amant de la veille n’avait en fait pas beaucoup d’importance, comme si repartir sans l’avoir découvert n’aurait pour elle pas fait de différence.

 


Harold, lui, à le cerveau qui chauffe dur et veut tirer ça au clair. Le soir venu, il s’arrange donc pour manger à la table de Maude et, comme il n’est pas venu là pour vivre les choses à moitié, qu’elles soient agréables, désagréables ou terriblement troublantes, il lui annonce qu’il ne veut pas en rester là avec elle et qu’il désire, si tel est aussi son souhait, remettre ça les yeux ouverts. Troublée, elle ne répond pas.

 


En cette deuxième et dernière soirée de stage, c’est la tournante qui est au programme. Classique, il faut se trouver une nana et fricoter avec, mais, là où ça se complique, c’est qu’il faut changer de fille toutes les dix minutes. Pour corser encore un peu plus l’affaire, ces dames ont tendance, une fois qu’elles ont trouvé un étalon à leur convenance, à ne pas respecter cette consigne horaire et à retenir plus que de raison l’objet de leur désir. Pour ces messieurs, il faut donc savoir se montrer entreprenant, montrer les crocs pour arriver à se faire une place dans la meute, et ainsi ne pas rester sur le carreau, à regarder le plafond, avec pour bande son un horripilant bruit de partouze. C’est d’ailleurs ce qui était arrivé à Harold la dernière fois, pour son plus grand malheur, mais aussi pour celui d’une vieille de soixante cinq ans, qui lui avait avoué à la fin de cette éprouvante séance qu’elle aurait bien voulu se frotter à ses cuisses plutôt que de se dessécher toute seule dans son coin.

 


Mais, cette fois-ci, ça va mieux, depuis la dernière fois deux mois se sont écoulés et Harold a eu le temps d’aiguiser ses canines. Il est maintenant prêt à se jeter tête baissée dans la meute pour obtenir sa part de gratifications sexuelles.

 


Il se lance donc presque sans hésiter vers les femmes, et arrive à passer un moment plus ou moins réussi avec quatre d’entre elles, dont quelques minutes très agréables et un brin sensuelles avec la rouquine qu’il a élue top canon numéro un de ce second stage. Un moment agréable donc, mais sans plus, rien à voir avec la fièvre qu’il a connue avec Marie ou avec Maude. Maude… Il va au cours de cette soirée passer plusieurs fois de longs moments avec elle. Debout ou allongés, serrés l’un contre l’autre ou juste main dans la main, le même magnétisme dément de la veille semble les reprendre, à peine perturbé pour Harold par ce que lui révèle son regard, le grand, peut être trop grand âge de sa partenaire.

 


Avec deux autres couples ayant quelques difficultés à se séparer, il reste ensuite avec elle un long moment après la fin officielle de la tournante. Cette fin de soirée s’écoule agréablement et sensuellement. Maude demande à se faire masser, et les mains d’Harold semblent lui procurer un plaisir certain, elle se laisse même embrasser sur la bouche. Harold est sur des charbons ardents, sa bite, gonflée et à l’étroit dans son slip, lui fait presque mal. Maude fait celle qui en a très envie mais qui résiste à la tentation d’inviter son amant dans sa chambre. Beaucoup plus prosaïquement, elle finira un peu plus tard par prétexter qu’elle est fatiguée, pour aller se coucher seule.

 


Ce soir là, puis au cours des semaines suivantes, Harold se demandera souvent ce qu’il se serait passé si les choses avaient en cette mémorable soirée tourné différemment. Que se serait-il passé si Maude lui avait ouvert sa chambre ? Sur un plan purement organisationnel, il n’y avait aucun problème, puisqu’il avait prévu les capotes. Mais au fond il n’est même pas vraiment sûr qu’il aurait eu l’audace de la suivre jusqu’au bout. Et, s’il l’avait fait malgré tout, que se serait-il passé ? Une nuit de folies érotiques, ou alors la débandade complète ?

 


Mais rien de tout cela ne s’est produit, et Harold a passé la nuit seul, ou plutôt en compagnie de nombreuses questions, troublé par ce qui lui arrivait, et se demandant quelle suite pourrait bien avoir cette histoire.

 


Le lendemain matin, il retrouve une Maude qui lui assure avoir aussi mal dormi que lui, qui lui dit être troublée mais heureuse de l’attirance qui les a rassemblés. Les dernières heures du stage sonnent. Harold et Maude les mettront à profit pour faire leur première et dernière méditation tantrique complète ensemble. Expérience intense mais un brin décevante. Harold fait les frais de quelques crampes assassines, décidément la position standard assise des méditations tantriques commence à le gonfler grave. Maude se révèle vite être une vraie pile électrique, animée de mouvements brusques et violents, difficiles à prévoir et à accompagner. Au bout du compte, tout cela tient plus de la séance de rebirth que de l’extase sexuelle.

 


Une certaine distance finit aussi par progressivement s’installer entre eux au cours de cette ultime matinée. Harold, en la regardant ce matin là, reçoit plusieurs fois la vision de son visage ridé, décidément trop âgé, comme une claque en travers de la figure, il se dit qu’il est fou de s’être embringué dans cette histoire. Maude l’éconduit parfois, poliment, en lui demandant de la laisser seule pendant que les autres dansent, puis elle le met en garde au début de la méditation en lui disant qu’il l’aime trop. Enfin, les adieux sont relativement froids compte tenu de ce qui a précédé et, pendant qu’entre certains les échanges d’adresses vont bon train, elle refuse la proposition qu’Harold lui fait d’échanger leurs coordonnées. Sur le coup, ce refus lui fait mal, mais, les heures passant, il lui paraîtra de plus en plus évident que c’était peut être malgré tout la meilleure des décisions possibles. Cette petite et intense tranche de vie qu’il avait vécue avec Maude était certes très belle, mais quel avenir pouvait-il bien avoir avec cette femme dont il fallait inverser les chiffres de l’âge pour avoir le sien ?

 


C’est l’heure du départ. Un peu sonné, mais plutôt heureux, voilà Harold reparti pour sa morne vie de père de famille, qui tente sans grand succès de faire comme ses semblables, paraître bien sous tous rapports, tenir son rang dans la société. Le lieu change, le contexte aussi, le fondement non. Il est toujours noyé dans une meute, au sein de laquelle il doit lutter pour essayer de ne pas hériter de la plus mauvaise place.

 


Qu’il s’agisse d’une tentative désespérée de repousser un peu l’horizon bouché de son quotidien, ou alors simplement l’expression de son goût peut être mal placé pour les histoires d’amour hors normes, toujours est-il qu’il sera au cours des semaines suivantes impossible pour Harold de se sortir Maude de la tête. Il faut dire que, curieusement, le nom de famille des deux nanas qui lui avaient fait le plus d’effet au cours de ces deux stages avaient été lâchés au cours de la deuxième session, ce qui lui a permis à l’aide du bottin de retrouver leurs coordonnées complètes. Mais, s’il ne se voyait pas re-contacter Marie, la trop fugace danseuse enflammée de son premier stage, la tentation de re-contacter Maude s’est vite imposée à lui. En projetant cela, il ne cherchait pas forcément à vouloir donner une suite à cette troublante histoire, mais il souhaitait au moins pouvoir échanger avec elle quelques mots au sujet des expériences intenses et troublantes que l’on peut faire au contact du tantrisme.

 


Au bout de deux semaines, un courrier était donc déjà prêt, mais il fit le choix de ne pas l’envoyer, conscient qu’en cas de réponse positive il risquait de s’enliser dans une histoire d’amour impossible. Mais n’était-ce pas là l’une de ses spécialités ? Ce n’est pas Magalie qui, si elle savait, dirait le contraire…

Par Aimé Lemale
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Mercredi 28 octobre 2009

Pour retrouver Magalie, à laquelle il pense souvent, et avec une inextinguible émotion, Harold doit remonter une vingtaine d’années en arrière, à la fin des années quatre vingt.

 


Il ignorait à l’époque presque tout de sa future et lente descente vers la médiocrité. Étudiant à peine majeur et presque brillant, il commençait à découvrir des horizons nouveaux. Loin de l’athéisme bon chic bon genre de sa famille, il prenait conscience par ses lectures et presque avec émerveillement d’un domaine qui lui était jusqu’alors totalement inconnu, la spiritualité. Il se rendait compte que la vie après la mort et la réincarnation n’étaient peut être pas que des lubies, que l’amour gouvernait peut être le monde.

 


Mais, du haut de son idéalisme simplet, que connaissait-il donc à cette époque de l’amour ? Pas grand chose, même si, bien tardivement par rapport à l’adolescent lambda, il commençait à s’intéresser de près à la gente féminine.

 


Un intérêt bien tardif, donc, et bien maladroit, aussi. Car cette époque, bien que dans l’ensemble agréable, était quand même loin d’être le stupide et idéaliste bon vieux temps que certains ressassent dans leurs vieux jours en attendant qu’Alzheimer les rattrape. Dès cette époque, son intérêt pour les filles était en effet déjà bien plombé par un certain manque de générosité de Mère Nature à son égard : étaient déjà là le physique limite ingrat, la timidité et la difficulté à aller vers les autres, sans oublier un autre bagage encombrant mais heureusement largué depuis, un phimosis, autrement dit une bite non décalottable, qui lui faisait appréhender, et peut être inconsciemment soigneusement éviter, toute expérience sexuelle.

 


En cette année qui suivait l‘obtention de son baccalauréat, son CV de dragueur tout comme son CV de looser étaient donc encore presque vierges. L’année précédente avait été celle du premier acte amoureux sérieux d‘Harold. Il avait tenté par courrier de rattraper une ex copine de lycée, partie faire des études dans une autre ville que lui, et il lui avait déclaré sa flamme. Évidemment, l’idée ne lui avait pas suffisamment chatouillé l’esprit six mois plus tôt, quand il l’avait en face de lui tous les jours… Il en fût quitte, par courrier là encore, pour se faire gentiment éconduire. Bien sûr, mon grand, qu’elle existe, ta perle rare, mais c’est pas moi, sorry

 


Au deuxième trimestre de cette année scolaire, Harold s’est progressivement rapproché d’une nana de sa classe, Amandine, petite presque boulotte aux longs cheveux noirs et bouclés, dotée d’une signature olfactive agréable et très particulière. Bien qu’elle lui plaise, il n’arrivait pas à trouver l’impulsion décisive qui lui aurait peut être permis d’effectuer avec elle un rapprochement significatif, et pourquoi pas sexuel. Avait-il peur de se faire coiffer sur le fil par un autre élève, qui était lui aussi assez proche d’elle ? Mystère, toujours est-il qu’en ce début juin, le couple que plusieurs dans la classe considéraient comme en formation imminente n’existait toujours et absolument pas.

 


Entre DM de maths et DM de physique, ce premier dimanche de juin semblait vouloir se présenter pour l’élève de classe préparatoire scientifique qu’Harold était alors comme une bien morose journée. Ce début d’été n’avait rien d’estival, au programme de monsieur météo de la fraîcheur, doublée d’un plafond nuageux bas et gris. Un monsieur météo en retard d’ailleurs, sur les ondes comme sur les écrans, malmené ce jour là tout comme les évènements sportifs par une actualité sinistre et bien fournie : chars d’assaut et flaques de sang sur la place Tian‘Anmen, foules iraniennes endeuillées et hystériques.

 


Mais la folie du monde n’était pas le principal souci d’Harold en ce dimanche matin. Non, ce qui pour l’essentiel le chamaillait, c’est qu’il allait devoir ce jour là se farcir un méga repas de famille comme il les déteste. Vous savez, car vous connaissez peut être, c’est ce genre de repas ou l’on revoit pour la première fois depuis cinq ou dix ans tel oncle ou tel cousin que l’on déteste avec une discrétion cordiale. Pour Harold, le pire allait à son avis être ses cousins. Certains allaient en effet débarquer auréolés d‘une sérieuse réputation de merdeux. D‘autres étaient encore très jeunes, d’où la perspective peu engageante de devoir se taper de longues heures durant toute une bande de moutards, une espèce bruyante et envahissante qui avait l’art d’exaspérer le jeune homme discret qu’il était alors. Il avait d’ailleurs bien du mal à comprendre pourquoi en ce monde bizarre autant de gens faisaient le choix certainement masochiste d’élever des gosses pendant de longues et épuisantes années, alors même que la contraception était devenue accessible à tous.

 


La grand messe, qui se déroule dans un restaurant d’un standing moyen, commence peu après midi. Apéro, ballet de courbettes et discussions courtoises font comme il se doit office d‘entrée en matière. Puis vient l’heure fatidique du pic d’adrénaline de ces journées sans saveur, la découverte du plan de table. Harold va-t-il avoir la chance de tomber sur des gens supportables, ou va-t-il falloir qu’il se tape une bande d’abrutis pendant tout un joyeux après midi les pieds sous la table ?

 


Le plan de table s’avère en fin de compte mi figue mi raisin. Harold se retrouve avec ses sœurs (supportables et pas dépaysantes), avec ses cousins germains (difficilement supportables, surtout le plus vieux, et pas très dépaysants non plus) et sa marraine, la petite quarantaine à l’époque, très dépaysante compte tenu de l’amnésie qui semble la frapper depuis plusieurs années déjà à propos de ce rôle privilégié qu’elle est censée tenir pour lui. La supporter n’allait a priori pas lui poser de difficultés, en dépit, ou peut être grâce à la rareté de leurs rencontres. Il est vrai qu‘elle ne lui manquait pas plus que ça, peut être parce qu’il compensait son absence auprès de son homologue masculin, sorte d’ovni familial avec sa voiture de sport pour prolo vrombissante de hard rock, un de ses oncles avec lequel ladite marraine avait d’ailleurs eu vingt ans plus tôt une aventure, au grand dam de toute la sainte famille.

 


Rentrée depuis bien longtemps dans le rang, elle présentait ce jour là parfaitement bien avec son mari et ses trois enfants. Trois enfants, ah… Va falloir qu’Harold mette son disque dur à jour, car s’il se rappelait qu’il allait ce jour là croiser d’elle deux fils bientôt adolescents, il ignorait totalement qu’elle avait une fille de deux ans et demi.

 


Comme souvent en ce genre de réjouissances, les plus jeunes enfants étaient pour la sérénité du plus grand nombre parqués dans un coin, à ce qu’il convient en ces lieux d’appeler la table des enfants. Mais, comme presque toujours, ces charmantes têtes blondes se sont rapidement dispersées, untel dans le jardin, unetelle dans les jupes de sa mère.

 


C’est ainsi que Magalie, dernière née surprise des cousines d’Harold, se retrouva assez longuement à sa table ce jour là. Là, il est assez difficile pour ce dernier de retracer le cours exact des évènements, tant leur issue l’a pris au dépourvu. Ce qui est sur, c’est qu’il lui est totalement impossible même vingt ans après d’oublier cette gamine un peu potelée, vêtue d’une robe à fleurs bleues, aux cheveux châtain clair un peu désordonnés. Il lui est encore plus impossible d’oublier ses grands yeux noirs, ce regard insistant qu’elle venait régulièrement poser sur lui. Harold a vite senti qu’il se passait quelque chose d‘étrange, qu’une imprévue, soudaine et magnétique affection pour cette enfant était en train de chasser l’ennui qui jusque là l’animait.

 


Le repas commençant à tirer à sa fin, son rapprochement avec Magalie a pu se poursuivre. Elle et Harold allèrent se promener longuement dans le jardin sur lequel le restaurant s‘ouvrait. Main dans la main, ils observèrent les passereaux qui s’ébattaient dans une petite volière, puis ils déambulèrent parmi les fleurs et les arbustes. Ils parlaient peu, il faut dire que Magalie, compte tenu de son très jeune âge, avait encore un vocabulaire intelligible assez limité. Mais de mots ils n’avaient de toute façon point besoin. Harold et Magalie étaient sur un nuage, paisiblement indifférents à l’agitation de leurs plus ou moins insupportables cousins qui couraient et se chamaillaient autour d‘eux. Harold était définitivement terrassé par un authentique coup de foudre, il débordait d’une incompréhensible affection pour cette enfant que quelques heures plus tôt il ne connaissait même pas. En dépit d’un ciel toujours plombé, le petit jardin en bordure des vignes qui abritait leur bonheur avait bel et bien pris des allures de paradis.

 


Mais, depuis les portes entre ouvertes de la salle de restaurant, un appel a quand même fini par troubler leur quiétude : « Magalie, viens ici ! On s’en va ! »

 


Ce fut donc pour Harold l’heure de lui faire ses adieux. Malgré un pincement au cœur naissant, ceux-ci n’eurent rien de déchirant, mais ils furent emprunts d’une marque affective qui ne passa pas inaperçue, d’autant qu’elle ne cadrait pas du tout avec le CV d’allergique aux enfants qui faisait la réputation d‘Harold. Magalie fut embarquée dans la voiture familiale, qui s’éloigna avec le visage d’une gamine collée contre la vitre arrière. A l’époque, dans les voitures, les enfants n’étaient pas encore vissés sur des sièges auto, et les ceintures à l’arrière ne servaient qu’à la déco. Une cousine, âgée d’une vingtaine d’années, blonde, conne, voire un peu pétasse, lança pour plaisanter : « Alors, Harold, t’as trouvé ta princesse ? ».

 


Mais toute cette histoire était-elle vraiment une plaisanterie ? Pour Harold, sûrement pas. C’était plutôt un cadeau du Ciel, mais un cadeau bien encombrant. C’était chouette, il revenait la tête pleine de beaux souvenirs d’une escapade de quelques heures au paradis, mais maintenant, qu’allait-il faire de ça, comment allait-il faire pour vivre avec ça ?

 


Ce soir là, sonné, il ne pensait encore pas trop à l’avenir. Avec quelques réactualisations, le journal télévisé lui servit les mêmes images que le matin, celles d’une humanité folle et ivre de violence. Si pour lui tout avait changé, le reste du monde, pour sa part, restait manifestement toujours le même. Bien loin des raisonnements mathématiques dont la tête bien fournie d’Harold était à l’époque familière, le fait que des évènements aussi antagonistes puissent co-exister dans le même monde lui posa ce soir la un dilemme philosophique insurmontable.

 


Le lendemain matin, par une belle et brumeuse matinée au soleil retrouvé, il regagna, toujours un peu groggy, les bancs de la classe prépa. Ce matin là, au programme, DS de physique de quatre heures. Harold n’a plus la moindre idée de la note qu’il a pu y décrocher, ce dont il se souvient par contre, c’est qu’à partir de ce matin là Amandine, son agréable et odorante copine de classe, est devenue pour lui totalement transparente. Aussi curieux que cela puisse paraître à un individu libidinalement sain de corps et d‘esprit, il n’avait plus rien à faire du couple en soit disant formation imminente qu’il avait la chance de constituer avec elle. Couple qui, naturellement vu les circonstances, n’a bien entendu jamais vu le jour ensuite.

 


Au fil des jours, Harold a progressivement réussi à se reconstruire autour de ce qui s’était produit avec Magalie. Le cours normal des choses imposait qu’il ne la revoie pas avant des années. En effet, il ne voyait jamais sa marraine, en dehors de très rares rituels familiaux comme celui de ce début juin. Mais, déjà à cette époque, il n’était pas du genre à conjuguer sa vie au passé, pas du genre à glandouiller le reste de sa vie dans la galerie d’art étriquée où sont exposés ses meilleurs souvenirs. Et puis, Magalie lui manquait, elle lui manquait même terriblement. Il ne savait donc pas comment il allait faire, mais il était bien décidé à forcer le destin, en saisissant la première occasion venue pour la revoir.

 


Il apprit à faire connaissance avec ce qui était bel et bien sa plus sérieuse histoire d’amour. Il constata rapidement que rien dans ce qui l’animait vis-à-vis de Magalie n’était, en tous cas à son point de vue, moralement répréhensible. En particulier, ce qui ne s’est d’ailleurs jamais démenti au cours des mois suivants, son affection pour elle était totalement platonique, sans aucune arrière pensée ni aucun fantasme un tant soit peu pédophile. Ce qui ne l’empêchait pas en lui-même d’envisager ouvertement la possibilité de faire l’amour avec elle quinze ou vingt ans plus tard, en dépit du fait qu’il soit avec elle cousin au troisième degré. Pour Harold, cette histoire était en effet si forte qu’elle ne pouvait pas ne pas durer. Il se persuada rapidement qu’il avait déjà dû au cours de vies antérieures croiser la route de Magalie, et broder avec elle des destins de feu. Sinon, comment expliquer une pareille attirance, en dépit d’une différence d’âge devant normalement constituer une frontière infranchissable pour ce genre de rapprochements ? Harold se voyait donc promis avec elle à un énigmatique, intense et brillant destin, au cours duquel ils auraient forcément bien mieux à faire que de s’investir dans ce qui est par excellence le projet lambda pour couples lambda en manque d’inspiration, à savoir faire des gosses. Ainsi, exit le problème de la consanguinité.

 


En attendant, restait à adapter ce possible destin d’exception aux quinze ans qui restaient à courir d’ici à la majorité de Magalie.

 


Vous trouvez peut être que toute cette histoire baigne dans un idéalisme simplet, non ? Harold, tout raide dingue qu’il était de cette gamine, s’est il un tant soit peu posé la question de la réciproque ? Sa princesse adorée, la belle et délicate Magalie était elle, elle aussi, raide dingue de lui ?

 


C’est une question qui l’a parfois troublé, mais qu’il prenait en général soin d’éluder, car y réfléchir de trop près lui faisait probablement un peu peur. En effet, s’il était clair que Magalie l’aimait bien, cela allait il plus loin ? Difficile à dire, allez donc essayer de lire dans les pensées d’une gamine de trois ans… Malgré tout, même si c’est sans grand succès, Harold a quelque peu essayé de démêler ces questions, en ajoutant à ses lectures ésotériques sur les liens karmiques et autres des lectures d’ouvrages de psychologie enfantine style Françoise Dolto.

 


Une quinzaine de jours après le mémorable repas de famille théâtre de son coup de foudre, Harold apprend que sa marraine doit se rendre chez sa grand tante Tania pour lui montrer les photos de l’évènement. Tania est déjà vieille, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais à l’époque il l’apprécie et va souvent lui rendre visite. C’est qu’il n’a alors pas encore discerné l’égoïsme et les rancœurs démesurés que cette dernière dissimule sous son vernis de bigote. L’occasion de revoir Magalie est en tous cas trop belle, Harold se fait donc inviter sans difficultés chez Tania, prétextant un intérêt soudain pour les photos annoncées. L’air malicieux, sa mère, qui a suivi la conversation téléphonique avec la grand tante, lui glisse : « Ce serait pas plutôt pour voir Magalie que tu y vas ?… ».

 


Évidemment que c‘est pour elle, patate ! Harold a d’ailleurs le cœur qui bat la chamade à l’idée de revoir sa belle, et leurs retrouvailles, dans un jardinet bien fleuri et ensoleillé, seront largement à la hauteur de ses espérances. Aucun doute n’est permis, le paradis vient à nouveau de toucher terre. Aucun doute n’est permis, le coup de foudre est confirmé.

 


Harold peut arborer une inhabituelle satisfaction à l’issue de cette belle journée. En effet, non seulement il a réussi à revoir Magalie en moins de quinze jours, mais il a aussi pu placer quelques pions dans l’espoir de la revoir plus tard, puisque Tania a accepté de le prévenir chaque fois que sa marraine et sa chère fille passeront la voir.

 


En un peu moins d’un an, les chemins d’Harold et de Magalie se croiseront en tout et pour tout douze fois. Et, vingt ans plus tard, la vivace mémoire que ce dernier garde encore de chacune de ces rencontres révèle invariablement l’intensité et la beauté des émotions qu’il a à ces occasions éprouvé.

 


Au mois d’août, pour la première fois depuis des années il remet les pieds chez sa marraine. C’est aussi à cette époque qu’il passe avec succès l’examen du code de la route. Il y a d’ailleurs à l’auto école une fille blonde et potelée qui ne le laisse pas indifférent, mais bon, c’est sans plus et il ne cherche rien à obtenir d’elle. Le cœur d’Harold n’est plus à prendre.

 


En septembre, cette fois ce sont les parents d‘Harold, chez lesquels, toujours étudiant en prépa, il rentre en général les week-end, qui invitent Magalie, ses frères et leurs géniteurs. Cette entrevue marquera pour lui le sommet de l’histoire, jamais peut être il ne touchera le Ciel d’aussi près. Il voit d’abord Magalie chez Tania, c’est ensuite qu’elle doit venir chez lui. Il rentre un peu avant qu’elle n’arrive, la tête tellement dans les nuages qu’à un passage à niveau il redémarre en passant la marche arrière et emboutit la voiture qui suit. Rien de grave heureusement, l‘affaire restera sans suite, il vaut mieux car ça ne fait que deux jours qu’il a son permis.

 


Une fois arrivé, quelques minutes d’une fébrile attente s’écoulent, puis on sonne à la porte. Harold se précipite pour ouvrir, et tombe nez à nez avec un énorme bouquet de glaïeuls rouges vif que lui tend tant bien que mal sa petite princesse. Il est heureux, son bonheur lui mouille les yeux. La soirée s’annonce bénie des dieux, et tiendra toutes ses promesses : Harold et Magalie fausseront ce soir là souvent compagnie aux autres, coincés les pieds sous la table, pour aller dans les chambres à l’étage jouer ou simplement profiter silencieusement l’un de l’autre. Pour ne rien gâcher, Magalie est particulièrement et incroyablement belle ce soir, peut être parce qu’elle porte à nouveau sa robe à fleurs bleues du premier jour…

 


Au cours des mois suivants, le bonheur d’Harold perdurera, tout en s’installant dans une certaine routine. Environ une fois par mois, il se tape le culot de téléphoner à sa marraine pour se faire inviter chez elle quelques heures. Flirtant avec bonheur et insouciance avec les frontières du nunuche, il arrive en offrant à chaque fois un bouquet de fleurs à sa princesse, avant de passer de toujours trop courts moments de bonheur éthéré avec elle.

 


Son histoire avec Magalie semble avoir trouvé son équilibre. Ne reste plus qu’à continuer comme ça jusqu’à ses dix huit ans. Il sera alors temps, pour le couple d’exception qu’il forme avec elle, de prendre le large pour aller loin de la famille et de toutes ses convenances vivre son destin de feu. Mais, au fait, de quel genre pourrait-il bien être, ce supposé destin hors normes ? Harold doit bien l’avouer, même si cela lui procure une certaine gène : il n’en a toujours pas la moindre idée…

 


C’est à cette époque qu’ont commencé à se faire entendre, discrètement d’abord puis de façon de plus en plus insistante ensuite, les signes avant coureurs d’une possible fin prochaine de sa belle histoire. Enfermé dans son idéalisme simplet, il n’a rien voulu entendre. Pourtant, plusieurs membres de sa famille ont commencé à faire part à Harold du fait que le père de la gamine, qu’il ne voyait heureusement que très rarement, était en train de devenir horriblement jaloux. Ce dépressif larvé et un brin prétentieux considérait visiblement d’un œil de plus en plus mauvais les incursions répétées d’un jeune chien fou au sein de son foyer.

 


C’est le mois de février. Près de neuf mois se sont écoulés depuis la première rencontre entre Harold et Magalie et, pour la première fois, son entrevue avec elle se passe mal. Elle est nerveuse et apeurée. Elle pleure aussi, souvent. Harold est désappointé, il ne sait que faire pour consoler sa belle. Sur le coup, il ne commence que vaguement à penser au fait que la jalousie du père de Magalie est en train de faire d’elle la principale victime de toute cette histoire.

 


Un mois plus tard, il apprend que sa marraine et Magalie doivent à nouveau venir visiter Tania. Cette dernière le dissuade de venir, argumentant au téléphone en des termes vagues que ce n’est pas une bonne idée. Il s’assoie dessus et y va malgré tout. Arrivé là bas avant Magalie, Tania, ainsi que l’une de ses grand mères, également présente, lui resservent la même rengaine. Il passe à nouveau outre, et plante les deux mémés pour aller acheter des fleurs à sa princesse, des tulipes, c’est la saison. Au retour de chez le fleuriste, et comme un bien sinistre présage, les sirènes du village se mettent à hurler. Même si… En fait, Harold n’est plus tout à fait sûr que ce soit vraiment arrivé, cette histoire de sirènes, il se demande s’il n’a pas inventé là un faux souvenir, histoire d’amplifier l’effet dramatique que cette journée allait avoir sur lui. Toujours est il que, depuis, il a les poils qui se hérissent et des frissons qui le parcourent chaque fois qu’il entend gueuler des sirènes…

 


Le silence revenu, il arrive avec son bouquet dans l’impasse qui mène chez Tania. Il se demande bien sur si Magalie est arrivée, mais une certitude efface vite cette question, pourtant si importante : sa grand-mère est plantée là, au milieu du chemin, et semble l’attendre de pied ferme. Crispée et fébrile, elle n’y va désormais plus par quatre chemins, et le somme de cesser définitivement de voir Magalie. Elle lui apprend qu‘il est maintenant non seulement dans le collimateur du père de la gamine, mais aussi dans celui du père et du beau père de ce dernier. Harold comprend que l’heure est grave, que l’animosité à son égard est en train de faire tâche d’huile, qu’elle est en train de réveiller un contentieux récurrent entre deux clans de la famille, depuis quelques années endormi. Il résiste malgré tout, il bafouille en argumentant que ce procès qu’on lui fait n’est pas justifié, qu’il n’a rien à se reprocher et donc rien à changer à son attitude. Mais il comprend très vite, même si ce n’est pas quelque chose que sa grand mère lui dira de manière directe, que dans toute cette histoire la première victime est Magalie elle-même. Victime en premier lieu de la jalousie de son père, mais victime en fait aussi de toute cette histoire d’amour qu’Harold prétend, peut être un peu naïvement depuis des mois, avoir à vivre avec elle. Ayant compris cela, il baisse rapidement sa garde. La grand-mère constate avec soulagement qu’elle a fait mouche : le pitoyable ennemi public familial numéro un de ce début des années quatre vingt dix est à terre, vaincu.

 


Sonné, il rentre dans la maison de Tania. Magalie arrive peu après, mais Harold garde ses distances avec elle et la laisse jouer toute seule par terre. Elle semble un peu perdue, elle doit se demander pourquoi il ne s’intéresse pas à elle comme d’habitude. Harold est ailleurs, parce qu’il le faut, parce qu’entre lui et Magalie c’est fini. Perdu dans ses pensées, il suit de loin les mornes conversations d’une famille satisfaite de pouvoir s’y complaire à nouveau, du fait du retour à une situation normale. Puis Magalie s’en va avec sa mère, et il comprend qu’il ne la reverra sans doute pas avant des années. Harold est out, abattu par l’effondrement soudain du conte de fées qu’il s’était bâti. Pourtant, dès cet instant, une petite voix au fond de lui commence à résister. Refusant la capitulation, elle se met à tourner, tourner et tourner encore dans sa tête : « Magalie, je t’aime, et quand tu sera grande, je reviendrai… »

Par Aimé Lemale
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  • : Aimé Lemale
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  • : Aux portes de mes quarante ans, écrivain en herbe, je suis avant tout un être de désir, à la recherche de la chaleur et du plaisir que les femmes, enfin certaines, savent donner et recevoir. Pour en savoir un peu plus, prolongez votre lecture.

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