Mercredi 28 octobre 2009 3 28 /10 /Oct /2009 08:46

Harold est épuisé d’avoir pensé jusqu’à la nausée au sujet de la vie et de l’amour, épuisé d’avoir une nouvelle fois empli son esprit de noirceur. Ses sinistres pérégrinations mentales ont fini par accoucher de quelques textes, désormais prêts à être publiés sur le blog auquel il les destine, mais, avant de ce faisant se transformer en cyber ambassadeur de la noirceur du monde, Harold sent qu‘il peut s‘accorder une dernière pause d‘espérance. En effet, rien n’y a fait, Maude est toujours là, à bourdonner dans sa tête. Il ne peut donc s’empêcher de tendre une dernière perche à une vision positive de la vie. Cette perche, c’est bien sûr vers Maude qu’il va la tendre, en lui envoyant enfin ce mail prêt depuis longtemps pour lui proposer de reprendre contact, espérant ainsi qu’elle lui offrira une lumineuse alternative à la promotion de sa glauque littérature.

 


La réponse s’est un peu fait attendre, mais a fini par lui parvenir. Harold s’en est pris comme on dit plein la gueule, et a tout de suite compris que mémé n’avait absolument pas envie de donner une quelconque suite à cette histoire. Selon ses termes, il n’était qu’un homme pitoyable et plein de problèmes, une sorte de parasite chronophage, de mec toxique l’ayant pendant quelques heures étouffée, et lui ayant pourri la fin de son stage. Il ne s’en sortait toutefois pas trop mal, la vieille n’osant pas aller jusqu’à lui demander le versement d’une indemnité compensatrice. Les compliments de cette dernière étaient bien entendus enrobées, alambiqués de quelques boniments se voulant spirituels, ce qui donnait au bout du compte une sorte de mélange détonnant, le langage de Maude, les paroles d’une vieille bique new age comme on en trouve malheureusement à revendre. Pour arriver au même résultat, Sarkozy aurait fait plus clair et plus court. Casse toi, pauvre con !

 


Harold a donc pu à nouveau compléter sa petite collection de râteaux, mais cette fois, il s'agissait d'un râteau par mail, ce qui le changeait du bide des rencards bien réels qu’il avait réussi à obtenir les mois précédents sur internet.

 


Il y avait croisé deux aspirantes au pas encore célèbre grade de vieille bique new age. Aspirantes seulement, vu qu’elles tournaient autour de la quarantaine. L’une était moche, l’autre proprement repoussante, toutes deux étaient expertes dans l’art de mépriser avec discrétion. Il n’avait donc aucun regret les concernant.

 


Il y avait aussi croisé une ex femme battue au charme limité, qui après lui avoir fait croire qu’elle était à son sujet aux prises avec un amour naissant, avait su le frapper là ou ça fait mal, en l‘humiliant au téléphone par sa venimeuse indifférence, et en refusant de lui rendre des documents précieux qu‘il avait eu la bêtise de lui prêter. Il avait avec cette pétasse le regret d’avoir du par prudence renoncer à lui administrer le traitement approprié, mais il lui était surtout redevable de lui avoir fait comprendre qu’il devait se méfier de sa propre personnalité. Terriblement détestable pour le genre féminin, terriblement vulnérable aussi, cette dernière faisait de lui, il s’en rendait maintenant compte avec une certaine frayeur, la cible idéale pour les femmes battues et autres féministes en mal de revanche sur le genre masculin, le souffre douleur parfait sur lequel toutes rêvent de pouvoir se défouler un jour sans crainte de se faire éclater la gueule.

 


Il avait enfin croisé Pauline, aguicheuse dévorante doublée d’une délicate sensibilité à fleur de peau. Il aimait l’affubler depuis de l’étonnant descriptif de prédatrice sexuelle au cœur tendre. Sa relation écrite avec elle avait été courte, belle et intense, empreinte d‘échanges de confidences et d‘une sensualité presque torride. Malheureusement, le seul rencard qu’il ait eu avec elle n’avait révélé qu’un homme peureux à l’esprit perturbé, une femme abîmée par la vie, deux partenaires au physique médiocre, des phéromones pointant cruellement aux abonnés absents. Mais Pauline était indiscutablement une fille bien, elle méritait d’être aimée et a d’ailleurs trouvé l’amour depuis. Malgré le décevant physique de cette femme, il arrive encore à Harold de regretter de ne pas être cet homme qu’elle a enveloppé de son amour. D’une certaine façon, il aime Pauline, encore et toujours, bien qu’il n’en ait plus de nouvelles. Il l’aime d’un amour paisible, il n’est pas jaloux du mec qu’elle s’est trouvé. Il veut juste qu’elle soit heureuse, et peu importe si c’est sans lui. Pauline est avec Marie la seule des multiples femmes qu’il ait côtoyé récemment et pour laquelle il ressente aujourd’hui autre chose que du mépris. Bien autre chose…
 

 

Plus aucun espoir ne lui étant permis avec Maude, Harold a fini par balancer sur le réseau le résultat de ses ruminations mentales. Là non plus, pas de succès notoire, en dépit d’une campagne de promotion rondement menée, par le biais encore une fois d’un site de rencontres virtuelles. Décidément, la chance ne semble pas plus sourire à son stylo qu’à sa bite, les objets phalliques lui porteraient-ils donc la poisse ?

 


Peut être. Mais la scoumoune qui lui colle à la peau avait un autre objet de prédilection à lui proposer, et ce jusqu’à l’indigestion : les vieilles biques new age, qui allaient encore longtemps lui tenir compagnie. Harold ignorait pourtant à ce moment là que sa déconvenue avec Maude n’était que la première d’une longue série. Après qu’elle l’ait éconduit, il eut la mauvaise idée de faire part de ses états d’âme à la proche de l’animatrice tantra qui lui avait offert son initiation à la méditation tantrique lors de son premier stage. Cette dernière a commencé par le gratifier de son meilleur baratin de psy tendance new age. Elle lui a dit de faire comme elle, de ne pas juger, de ne pas laisser les jugements des autres avoir prise sur lui, de vivre avec détachement, bla bla bla, bla bla bla. Mais il y a des limites aux boniments de ce genre, limites qu’Harold a apparemment franchies en insinuant que la mission de cette femme au cours des stages était peut être de se taper les brebis galeuses masculines de son genre pour les méditations tantriques. En faisant envers elles ce geste commercial, elle leur évitait de rester en rade, augmentant ainsi les chances de les voir revenir gonfler les effectifs des stages à venir, et donc la manne financière associée. Là, s’en fut trop pour mémé, son vernis new age vola en éclats et Harold reçut en travers de la figure une nouvelle volée de bois vert, comparable à celle dont il avait été gratifié par Maude quelques jours plus tôt. Il fut également sommé de ne plus mettre les pieds dans ses stages.

 


Parallèlement à ces déboires, il donna un nouveau visage à sa quête de rencontres sur internet, en s’essayant à la drague de dames d’un certain âge, sur un site aux forts relents bio et ésotériques. Après tout, si elles mouillaient en se frottant sur sa cuisse, pourquoi ne mouilleraient elles pas en tapant sur leur clavier ? Il devait malheureusement vite déchanter et constater que, visiblement, son sex appeal ne se transmettait pas par fil. Toutes sans exception furent en effet animées du même dégoût et du même mépris à son égard. Toutes sans exception prirent rapidement la fuite, les unes par la petite porte, les autres non sans le gratifier préalablement d’une bonne giclée de leur meilleur venin.

 


Comment, après tout cela, pourrait-il faire pour ne pas les détester, toutes ces vieilles biques new age ? Serait-il la victime d’une sorte de malédiction karmique le condamnant à subir encore et encore leurs humeurs lunatiques ? Harold n’est pourtant pas superstitieux, mais il ne peut que constater l’étendue des dégâts. Voilà en effet qu’une nouvelle vieille distributrice de boniments pseudo spirituels vient de faire son apparition, cette fois au beau milieu de sa propre famille, pourtant athée…

 


A l’issue de son marathon au sein du troisième âge mystique et cosmique, Harold a la nette impression d’avoir pris pas mal de coups, et il a perdu une bonne part du peu de confiance qu’il avait en lui avant de croiser Maude. Il se voit au fil des mois rétrograder dans la hiérarchie de la plupart des meutes que ce monde pseudo civilisé comporte. Harold, animal autrefois psychologiquement castré par ses parents, a déjà plusieurs fois dans sa vie tenté, avec plus ou moins de succès, de se rebeller, mais le voici à nouveau de retour dans sa coquille, terrassé par ses peurs, incapable désormais de donner vie à ses désirs.

 


Ses désirs sont d’ailleurs de biens cruels compagnons. Incapable de les réaliser, il est tout aussi incapable de s’en débarrasser. Que dire par exemple de ce désir qui l’agite depuis quelques mois ? Car Harold semble décidé, cette fois-ci pour de bon, à aller aux putes. Le cuisant échec de sa quête, qu’elle ait été virtuelle ou tantrique, d’une aventure extraconjugale, n’a en effet rien changé au fond de son problème. Il doit gérer le lourd héritage d’une jeunesse platonique et ratée, et affronter la perspective d’une quarantaine morose tout aussi vide de gratifications sexuelles. Comment pourrait-il donc faire dans ces conditions pour ne pas se révolter, ne serait-ce que mentalement, ne serait-ce que dans un petit coin de sa petite tête d’animal oméga ? Trop, c’est trop, et Harold ne veut pas mourir avec une bite qui n’aura en tout et pour tout connu que deux paires de lèvres.

 


Mais, pour se faire, pourquoi devrait-il continuer à trimer pour ne pas arriver à obtenir de l’amour, même de la part de femmes abîmées par la vie, même de la part de moches, même de la part de vieilles ? Pourquoi devrait-il continuer à se contenter de trop rares rapports sexuels conjugaux, condamnés vu leur fréquence à une réussite hasardeuse, transformés de fait en une pesante obligation de se soucier du plaisir de l’autre ?

 


Ne vaudrait-il donc pas mieux, moyennant quelques billets, qu’il se laisse aller au plaisir sans se poser de questions, sans se soucier des orgasmes de l’autre ? Pour ne rien gâcher, et tant pis si c’est un peu plus cher, pourquoi ne pas en profiter pour sensiblement améliorer son ordinaire, et s’offrir les charmes d’une belle et jeune femme ?

 


Tout réfléchi, une pute ferait vraiment les affaires du père débordé qu’est désormais et bien malgré lui Harold. A l’inverse d’une femme ou d’une maîtresse, la prostituée permet en effet un investissement temporel et sentimental minimum, ce qui serait la meilleure garantie de la poursuite harmonieuse de ses activités familiales et sociales.

 


Le recours à une professionnelle du sexe ne serait malgré tout pas sans inconvénients. Compte tenu de ses modestes revenus, Harold sait en effet pertinemment qu’une pute ne pourra certainement pas lui ouvrir aussi souvent ses lèvres qu’une fille en prise avec les affres de l’amour. Et puis il se doit, en temps que père et mari responsable, de considérer le risque sanitaire de telles pratiques. Comment en effet résister au geste commercial que consentent la plupart des putes, à savoir laisser le client pénétrer leur visage sans capote, puis lui permettre de jouir crûment au fond de leur bouche ?

 


D’autres soucis relèguent malheureusement au second plan la question de savoir comment se déroulera la première pipe tarifée d‘Harold. En effet, sa peur de la vie est désormais telle que des angoisses l’assaillent dès qu’il commence un temps soit peu à vouloir concrétiser son projet de recourir à l‘amour vénal. Projet qui ne se limite pas à quelques pensées en l’air, puisqu’il s’est déjà constitué un petit carnet d’adresses de putes, et qu’il a même il y a peu pris contact avec une nana qui pourrait plus spécifiquement faire l’affaire. Elle ressemble à la fille qu’il a commandé au Père Noël quelques pages plus haut, elle est jeune, très belle, intelligente et raffinée. Car Harold compte bien s’offrir autre chose qu’une vieille suceuse de route nationale tapie au fond de son van pourri. Seulement voilà, en attendant la richesse que lui apportera peut être un jour le papier que vous êtes en train de lire (vous êtes toujours là, bravo !), il n’a pas les moyens de se payer une nana de ce genre plus d’une fois par an, alors si c’est pour arriver au rencard angoissé et la bite molle, c’est pas la peine. Mis à part un écrit à succès, il n’a donc que deux possibilités, redevenir un peu plus maître de lui même, ou alors gagner au loto.

 


Pour ne rien simplifier, Harold s’aperçoit qu’à force de penser au charme d’une belle femme, d’autres lubies féminines refont leur chemin dans son esprit torturé. Pourquoi, après tout, n’essayerait-il pas de reprendre contact avec ces femmes qu’il a croisé sans avoir tout tenté ? Il pense à Marie, mais encore beaucoup plus, même si vingt ans le séparent d’elle, à Amandine. Harold serait-il donc encore capable d’espérer ? A moins qu’il ne soit plutôt un tantinet masochiste. Après quelques mois de paisible repli dans sa coquille, aurait-il par hasard à nouveau envie de se faire mettre la pâtée par une femme ? Peut être bien, d’ailleurs il se demande déjà quelle pourrait être l’option la plus douloureuse venant d’Amandine, un rejet tonitruant, ou alors l’aveu de son indifférence, voire de son oubli ?

 


L’esprit sexuellement frustré d’Harold s’emballe à nouveau. Il sait pertinemment que la meilleure des choses qui pourrait lui arriver serait de croiser l’amour d’une femme qu’il ne connaît pas encore. Malheureusement, étant doté de beaucoup plus de mémoire que d’imagination, son passé se charge de plomber son esprit en lui resservant sans cesse des prénoms déjà doux à ses oreilles, comme celui de Sibille. Ruth, cette amie d’enfance qu’il aima secrètement autrefois, est également revenue visiter ses méninges. Ruth, il adore depuis toujours ce prénom, capable à lui seul de lui provoquer une érection, tant il lui évoque à une lettre près je ne sais quel bouillonnant baisodrome du règne animal. Au cours d’un rêve intense et récent, Ruth, déjà abîmée par l’âge, et victime tout comme lui d’un mariage raté, est enfin venue dans ses bras, oublier son chagrin et retrouver les joies de l’amour. Ce rêve était atrocement simplet, il s’est par exemple bien gardé d’évoquer les mioches dont tous deux sont désormais affublés. Mais le mal est maintenant fait, une femme souvenir de plus lui trotte dans la tête. Reste enfin et toujours à Harold la délicate mission de gérer le cœur de sa terne histoire. Même s’il sait pertinemment que cette association de mots n’est qu’une débilité, recouvrant un stupide et irréaliste conte de fées pour adultes niaiseux, il se demande s’il ne devrait pas tenter quelque chose, même s’il ne sait pas quoi, pour essayer de renouer avec celle qu’il ose parfois, envers et contre tout, envers et contre tous, appeler la femme de sa vie, Magalie…

 


Que de nanas tu as dans ta besace, Don Juan… Soixante dix ans séparent même d’une certaine façon deux de tes amours, à côté de cette remarquable performance même les Harold et Maude de la littérature et du cinéma, avec leurs soixante ans d’écart, peuvent aller se rhabiller. Harold devrait-t-il pour autant être fier de son originalité sentimentale ?

 


Peut être, mais il préfère froidement rester modeste. Il n’oublie pas son appartenance peut être définitive à la sous caste des laissés pour compte de la vie. Car avoir été l’amoureux frustré de deux nanas qu’une éternité sépare n‘a peut être en fait rien d‘une marque d’originalité. Ce pourrait plutôt n’être que la terrible conséquence de son incapacité à vivre des rencontres plus enrichissantes, le tragique constat de son statut de lépreux que tout le monde fuit, mais qui tente pitoyablement malgré tout de se trouver un morceau de viande à se mettre sous la dent, quitte à sauter sur tout ce qui bouge, quitte à se fourguer dans les histoires les plus absurdes qui soit.

 


Harold connaît un peu la sagesse populaire. Il sait que faute de grives on mange des merles. Mais, épuisé par des années d’une désespérante recherche de plus ou moins beaux spécimens de l’éternel féminin, il se doit désormais de constater que, le concernant, même les merles sont bien rares. Seules les putes, un improbable boudin en manque ou une méthode de castration efficace, semblent désormais capables de l’empêcher de sombrer dans une haine de plus en plus profonde envers les femmes, inaccessibles objets du désir. La haine, probable compagne fidèle et dévouée de ses plus ou moins vieux jours, Harold la connaît déjà bien. Il songe de plus en plus à céder aux avances insistantes de cette séductrice hors pair, à définitivement haïr la vie, à définitivement haïr sa vie, cette méprisable vie de gland, où le nom de sa chère Amandine, lui aussi, finira par rimer, s’il s’entête, avec tête de pine
.

Par Aimé Lemale
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Présentation

Profil

  • Aimé Lemale
  • Harold & Magalie
  • Homme
  • Aux portes de mes quarante ans, écrivain en herbe, je suis avant tout un être de désir, à la recherche de la chaleur et du plaisir que les femmes, enfin certaines, savent donner et recevoir. Pour en savoir un peu plus, prolongez votre lecture.

Contact

Si les sujets évoqués ici vous touchent d’une manière ou d’une autre, n’hésitez pas à déposer un lien ou un commentaire, ou alors écrivez moi :

aimelemale@hotmail.fr

Derniers Commentaires

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Janvier 2012
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30 31          
<< < > >>
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus